lun 25 dec 2006

Un artiste danois veut colorer le Mont-Blanc en rouge

25 12 2006

Colorer le Mont-Blanc en rouge...Un canular? Un artiste danois, auteur de projets spectaculaires et provocants, compte le faire "dans un proche avenir" au nom de la défense de l'environnement.

D'origine chilienne, Marco Evaristti, 42 ans, refuse de lever le voile sur ce futur projet qui lui tient à coeur, "car les autorités françaises me stopperaient estimant cette idée insensée", dit-il, et "je ne suis pas fou". L'artiste est déterminé à le réaliser "sans autorisation", en aspergeant la montagne "de couleur à base de fruits rouges pour attirer l'attention sur la pollution des Alpes par les touristes".

Il dit avoir engagé une équipe de 15 personnes pour transporter quelque 1.200 litres d'eau colorée jusqu'à l'une des cîmes du Mont Blanc pour l'asperger de rouge sur 2.500 m2. Coût de l'opération: environ 50.000 euros.

Tout comme il prévoit au printemps prochain de réserver le même sort à une oasis au Maroc, comme "hymne à la fraternité entre les peuples, car le rouge c'est aussi la couleur de l'amour".

Evaristti a le goût de la provocation. En 2004, il avait "peint" un iceberg en rouge au Groenland afin de protester contre "les dépôts de déchets nucléaires abandonnés par les Etats-Unis près de la base américaine de Thulé" au nord de l'île.

Quatre ans plus tôt, il avait déclenché un tollé avec une exposition controversée au musée danois de Trapholt (sud-ouest) où il avait mis des poissons rouges dans des mixeurs, laissant aux visiteurs le choix d'appuyer ou non sur le bouton pour mettre en marche l'appareil et les transformer en bouillie.

"Je voulais laisser les gens face à leur conscience, leur libre arbitre, leur instinct, de déclencher ou non le bouton de la mort", avait-il expliqué à l'époque. Traîné devant les tribunaux par les "Amis des bêtes" pour mauvais traitement des poissons, il a été finalement acquitté.

Installé dans un petit hameau idyllique à l'ouest de Copenhague avec son étang, ses canards et ses pigeons picorant aux mains des promeneurs, l'enfant terrible de l'art danois y vit et travaille tranquillement, loin des remous qu'il déchaîne depuis des années.

Il garde secrète son adresse à "cause des menaces" reçues au fil des ans en raison de ses créations qui suscitent parfois "animosité", reconnaît-il, comme ses tableaux peints à l'héroïne.

Invitant quelques années plus tôt des toxicomanes à Copenhague à peindre des tableaux avec de l'héroïne, de la cocaïne et du sang contaminé par le virus du sida, il entendait "réveiller les consciences et dénoncer la société qui traite les drogués comme des déchets".

Sa dernière création en octobre a encore suscité des vagues: il a acheté 14 tableaux originaux de peintres célèbres du mouvement COBRA comme Asger Jorn, Henry Heerup, Pierre Alechinsky, Constant et Karel Appel, pour les repeindre en partie, et leur donner "une nouvelle vie", dit-il.

Il n'a pas hésité à débourser 2,8 millions de couronnes (375.000 euros) pour "apporter une touche de renouveau" aux fondateurs de ce mouvement nord-européen créé en 1948 et dissous en 1951.

Evaristti assure pourtant être un "grand admirateur" du Danois Asger Jorn, le père de COBRA. "Comme lui, je modifie, je reconstruis ces tableaux qui étaient à l'époque un cri de révolte contre la peinture convenable, et qui sont devenus d'une grande banalité aujourd'hui, achetés par snobisme".

"Un artiste doit être un visionnaire engagé, en avance sur son temps...l'histoire (lui) donnera raison", pense-t-il.

Sans cesse à la recherche de projets qui choquent, il va exposer le 19 janvier au "Galeria Animal" à Santiago du Chili une sculpture faite de ses excréments solidifiés enrobés d'or 24 carats et sertis de vrais diamants.

Par Slim ALLAGUI